MSCA PF : "défendre la contribution d’un projet de science fondamentale aux intérêts sociétaux et économiques globaux"

INTERVIEW - Morgane Perron a obtenu une bourse Marie Sklodowska-Curie Postdoctoral Fellowship 2021. Son projet, intitulé ASPIRe, se déroule sous la supervision d'Eva Bucarielli au sein du Laboratoire des Sciences de l’Environnement Marin (LEMAR).
© Morgane Perron

Pouvez-vous nous présenter votre projet ASPIRe ?

Dans l’Océan Austral, la photosynthèse réalisée par le phytoplancton contribue à l’absorption du dioxyde de carbone atmosphérique. Ce phénomène est cependant limité par les faibles concentrations de fer (Fe) bio-assimilable dans les eaux subantarctiques. Les dépôts atmosphériques d’aérosols et d’eau de pluie sont une source importante de Fe pour les écosystèmes anémiques de l’océan Austral. Si à ce jour, les analyses de solubilité du Fe dans l’atmosphère définissent de manière opérationnelle la biodisponibilité du métal pour le phytoplancton, elles ne permettent de comprendre ni sa forme chimique ni sa solubilité effective en milieu marin. Dans l’eau de mer, la complexation du Fe par des ligands organiques serait un mécanisme clef permettant de maintenir 99% du Fe de surface sous forme bio-assimilable. La stabilisation du Fe bio-assimilable par complexation organique a également été démontrée dans l’eau de pluie et dans l’eau des nuages. Bien qu’elle permettrait de mieux comprendre la proportion de fer effectivement disponible pour les écosystèmes marins, la complexation organique du Fe atmosphérique n’a encore jamais été étudiée dans l’Océan Australe et aucune méthode n’existe pour quantifier le Fe organique (complexé) dans les aérosols secs.

Le projet ASPIRe propose de 1) développer une méthode d’analyse du Fe organique dans les aérosols secs, 2) quantifier les concentrations en Fe soluble, organique et total dans l’atmosphère autour des îles subantarctiques Marion et Gough, 3) mieux définir la fraction dite « soluble » du fer atmosphérique dans les dépôts secs et dans les dépôts humides à l’océan Austral.

Lors de la phase du montage du projet, qu’est-ce qui a été le plus facile et quels ont été les défis les plus importants que vous avez rencontrés ?

Lors du montage du projet ASPIRe, j’avais la chance d’avoir déjà identifié une équipe de chercheurs intéressé par mon profil. Mon expertise atmosphérique étant absente de l’institut d’accueil, l’Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM), mais très complémentaire aux activités de recherche du Laboratoire des Sciences de l’Environnement Marin (LEMAR) ; je n’ai eu aucun mal à intégrer ASPIRe dans le contexte d’une collaboration Franco-Sud-Africaine existante. Ceci m’a permis d’envisager ma participation à plusieurs campagnes dans l’océan Austral afin de collecter les échantillons atmosphériques décisifs à l’accomplissement des objectifs d’ASPIRe.

Cette candidature était pour moi une première expérience d’écriture de projet de recherche. L’organisation logique du projet en « work packages » pertinents m’a demandé beaucoup de réflexion et d’échanges avec les chercheurs impliqués. Le plus grand défi fut sûrement de défendre la contribution d’un projet de science fondamentale comme ASPIRe aux intérêts sociétaux et économiques globaux. Pour finir, dans l’exercice d’écriture de mon projet MSCA, j’ai aussi compris l’importance de développer un plan concret de dissémination des objectifs et résultats du projet.